L’UIA-IROL exprime ses préoccupations face aux atteintes à l’État de droit et à l’exercice des libertés fondamentales en Guinée

GUINEE

L’Institut pour l’État de droit de l’Union Internationale des Avocats (UIA-IROL) suit avec une attention particulière l’évolution récente de l’État de droit en République de Guinée, dans un contexte marqué par de fortes tensions institutionnelles et par des préoccupations persistantes quant à la sécurité des acteurs de la justice, des journalistes et des défenseurs des droits humains.

L’UIA-IROL prend acte de la circulaire émise le 4 décembre 2025 par le Parquet général près la Cour d’appel de Conakry, relative à la diffusion d’informations concernant des faits d’enlèvements, de disparitions ou d’abus imputés à des agents de l’État. Cette communication officielle, qui met l’accent sur la lutte contre la diffusion de fausses informations et sur la protection de l’image des institutions, intervient dans un environnement déjà fortement dégradé pour l’exercice des libertés publiques et peut restreindre de manière injustifiée l’exercice de la liberté d’expression et du droit d’informer, y compris des faits d’intérêt public.

Ce contexte est marqué par un climat d’intimidation et de pressions structurelles et persistantes  à l’encontre des acteurs de la société civile, et plus spécifiquement, de la profession d’avocat, exposée à des menaces, des entraves et des violences graves, comme l’illustrent l’enlèvement et les sévices, d’une brutalité extrême, subis par l’ancien Bâtonnier Mohamed Traoré en juin 2025.  

L’Institut rappelle que le respect de l’État de droit repose sur la possibilité, pour les avocats, les journalistes et les membres de la société civile, d’exercer leurs fonctions et leurs activités légitimes sans crainte de pressions, d’intimidations ou de poursuites arbitraires. La liberté d’expression et le droit d’informer sur des questions d’intérêt public, y compris lorsqu’elles concernent le fonctionnement des institutions ou des allégations de violations des droits fondamentaux, constituent des éléments essentiels de toute société fondée sur le droit.

L’UIA-IROL souligne également que la République de Guinée demeure tenue par ses engagements internationaux, notamment au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi que de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples qui garantissent la liberté d’expression, le droit à la sécurité de la personne et la protection contre les arrestations et détentions arbitraires. Ces obligations impliquent que toute restriction à l’expression ou à l’information soit strictement encadrée par la loi, poursuive un objectif légitime et respecte les principes de nécessité et de proportionnalité.

En ce qui concerne plus particulièrement la profession d’avocat, l’UIA-IROL rappelle que les Principes de base des Nations Unies relatifs au rôle du barreau, ainsi que les Directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l’assistance judiciaire en Afrique imposent aux États de garantir que les avocats puissent exercer leurs fonctions sans entrave, intimidation, harcèlement ni ingérence indue, et que leurs activités professionnelles ne puissent donner lieu à des représailles ou à des assimilations abusives. La sécurité des avocats et le respect de leur indépendance constituent des conditions indispensables au bon fonctionnement de la justice et à la protection effective des droits de toute personne.

Dans ce contexte, l’UIA-IROL condamne avec la plus grande fermeté toute forme de violence, d’intimidation ou de représailles visant les avocats et les acteurs de la justice, qui porte atteinte à l’indépendance de la profession et fragilise les garanties fondamentales de toute société fondée sur le droit. L’Institut appelle donc les autorités guinéennes à veiller à ce que toute action des autorités judiciaires ou administratives contribue au renforcement de la confiance dans la justice, à la protection des libertés fondamentales et au respect de l’indépendance des professions juridiques. Il insiste sur l’importance d’un climat permettant un débat public ouvert, ainsi qu’un exercice effectif des droits de la défense, dans l’intérêt de l’État de droit et de la cohésion sociale.  

L’UIA-IROL continuera à suivre avec attention la situation en République de Guinée et réaffirme son attachement constant à la protection des avocats, à l’indépendance de la justice et au respect des normes internationales relatives aux droits humains.